BRESOM
20 MINUTES
RESUME
20 minutes c’est l’histoire terriblement, insupportablement, banale d’une femme battue puis tuée par son ex-conjoint. C’est l’histoire d’un contrôle qui s’installe, de violences physiques qui apparaissent, d’évasions qui échouent et de chantages aux enfants qui marchent.
C’est aussi l’histoire d’une justice silencieuse, d’une police aveugle, de proches impuissants, de toute une mécanique de la violence qui s’organisent au-delà de l’intime, au-delà du couple.
Quatre personnages, le père, l’amie, la voisine et le policier, quatre témoins de cette descente aux enfers, racontent. Fonctionnant comme un chœur, ils nous peignent, de leurs points de vue si différents, l’horreur dont ils et elles sont témoins.
NOTE D'INTENTION
C’est en apprenant l’histoire de Julie Douib, femme assassinée par son ex-conjoint, que nous avons voulu créer cette pièce. En plus de la rage face à un énième féminicide, c’est le traitement policier et judiciaire de son histoire qui nous ont particulièrement choqués. Malgré les plaintes, les mains courantes, personne n'a écouté, aidé, protégé, sauvé, Julie Douib. Elle a appelé à l’aide, elle a fait ce qu’on lui demandait pour être protégée, pour échapper à la mort mais personne n’a rien fait. Personne n’est venu et personne ne sait pourquoi. Il y a pas d’explications, le parquet n’a aucune explication, que des excuses, trop tard.
L’histoire de Julie Douib, c’est une énième histoire de violence, de double violence : la violence domestique d’une part, judiciaire de l’autre.
Ainsi, sans jamais raconter l’histoire de Julie Douib, nous avons voulu créer un drame familial, banal, un drame qui pourrait arriver à tout le monde, dans lequel on reconnait le destin de tant de femmes. C’est un drame banal parce que les féminicides sont d’une banalité tragique. Ils ne sont ni des crimes passionnels, ni l’œuvre de déséquilibrés tapis dans l’ombre, ils sont plus insidieux que ça, plus intimes que ça. Ils s’étalent dans la durée, dans le couple, dans la famille. C’est cette intimité, cette longueur, cette complexité que nous essayons de tisser dans ce spectacle.
Aussi, derrière cette banalité, derrière cette intimité, c’est tout un système, notamment judiciaire, que nous montrons. La main courante qui ne fait pas grand chose, la plainte qu’on ne prend pas compte, les menaces verbales contre lesquelles on ne peut rien faire...
C’est donc cette double histoire que nous voulons montrer dans 20 minutes, cette femme qui lutte contre son ex-conjoint et contre un système qui ne l’écoute pas.
Pour le raconter, quatre voix, quatre témoins de l’horreur, la voisine, l’amie, le père et le policier, autant de regards sur ce drame, autant de représentations d’une société qui n’arrive toujours pas à protéger ses femmes. Ces quatre témoins qui racontent le drame en creux, qui nous permettent de donner une humanité, une consistance à ces histoires qui nous sont parfois lointaines.
Le dispositif du choeur nous est venu naturellement, comme un désir de créer à la fois une polyphonie de voix individuelles et un corps social, une multiplicité de regards et de paroles sur un enjeu collectif. Raconter les violences à travers un choeur de témoins, c’est une façon pour nous de sortir ces violences d’une sphère exclusivement intime et féminine, de les remettre dans la société, sous le regard public.
C’est d’ailleurs cette même question sociale et du regard public qui nous a poussés à choisir l’espace public.
Faire 20 minutes hors les murs c’est mettre les violences sexuelles et sexistes dans la rue, au cœur de la cité, c'est les montrer au monde, pousser la société à les regarder, à se questionner. C’est aussi un moyen de se réapproprier un espace, l’espace public, trop souvent dangereux ou excluant pour les femmes.
Pour accompagner ces voix, une scénographie très légère qui repose essentiellement sur le corps des comédiens et comédiennes et quelques accessoires, un langage quotidien, simple mais poétique, sensible. Il ne s’agit pas de faire un mélodrame tire larmes mais de raconter une réalité simplement, efficacement.
Une réalité qui donne de la dignité et de l’agentivité aux femmes qui se battent, une réalité plurielle qui implique la cité, une réalité aussi présente que quotidienne, une réalité qu’il nous est nécessaire de voir.

20 MINUTES
Ecrit et mis en scène par Marguerite Matine
Dramaturgie et assistante mise en scène Justine Salvaro
Distribution en cours
Résidences :
Résidences de territoire dans le cadre du CTEAC Commercy-Void-Vaucouleurs
Etape de travail :
Lecture publique du spectacle (MJC François Rabelais, Savigny-sur-Orge, Essonne)